« Quand le doigt ne sait où aller, il entre dans le nez » (proverbe bété, Côte d’Ivoire).
Doigt vient du latin populaire ditus, contraction phonétique du latin classique digitus mais sa racine est indoeuropéenne : deik– « montrer ». En français du 11e siècle, il prend d’abord les formes deie, dei, doi et doit. Sa forme moderne réintroduisant le /g/ latin étymologique mais non prononcé, est attestée depuis le 16e siècle.
En anatomie, le mot désigne chacune des « avances libres et mobiles qui terminent la main. » (Georges Cuvier, Leçons d’anatomie comparée, 1805) : les cinq doigts de la main. Mais aussi doigts de pied, la dénomination commune des orteils chez l’être humain. Considérés d’après leur aspect : jolis doigts, doigts boudinés, fins, fuselés, menus, noueux, osseux. En tant qu’éléments distincts : petit doigt, l’auriculaire, à l’opposé du pouce.
Sujets à de nombreuses expressions. Dans leur unité ou leur mode d’expression symbolique : boire en levant le petit doigt, témoigner de l’affectation dans son comportement; compter sur ses doigts, le doigt de Dieu, ce qui conduit les événements, dirige les hommes; doigt tendu, pour indiquer une direction, pour désigner quelqu’un ou quelque chose; lever le doigt, pour attirer l’attention, demander la parole; mon petit doigt l’a dit, pour exprimer l’idée d’une connaissance secrète et infaillible; montrer du doigt, obéir au doigt et à l’œil, ne rien faire de ses dix doigts, rester oisif; se fourrer le doigt dans l’œil même jusqu’au coude, se tromper grossièrement; se tenir comme les doigts de la main, être unis; tirer au doigt mouillé, « agir au hasard ».
Considérés comme instrument de travail ou d’action : s’essuyer les doigts, tapoter les doigts, serrer entre ses doigts, manger avec les doigts, les doigts dans le nez, facilement, sans l’aide des mains; s’en lécher les doigts, à propos d’un mets; avoir des doigts de fée, avoir un don pour un travail manuel ou artistique. Considérés comme mode de connaissance ou d’apprentissage : taper sur les doigts, en manière de réprimande ou, au figuré, donner une leçon; se brûler les doigts, mettre le doigt dans un engrenage, se mettre dans une situation embarrassante. Considérés dans leur précision tactile, dans leur finesse d’appréhension : du bout des doigts, avec légèreté; savoir sur le bout des doigts, par cœur; mettre le doigt sur une plaie, aviver une douleur physique ou morale, frapper juste. Considérés comme une marque de caractère, l’expression d’un sentiment : s’en mordre les doigts, regretter quelque chose; doigt d’honneur, geste de provocation, équivalent de bras d’honneur; au Québec, avoir les doigts croches, être porté à voler.
Par image, le mot décrit la membrane de protection qui recouvre les doigts en épousant leur forme: « Des gantelets sans doigts enfermaient leurs mains » (Gustave Flaubert, Salammbô,1863. Une unité de mesure grossièrement évaluée à l’épaisseur d’un doigt : un doigt de vin, à deux doigts près, très près. Et un instrument effilé : fourchette à deux doigts.
Les dérivés se limitent à doigté, doigter et doigtier, fourreau pour protéger un doigt.
Devoir
Si doigt a produit peu de dérivés, son étymon latin digitus a formé un autre mot plus prolifique. En français, il signifie « relatif au doigt ».
Dig _ _ _ _ .
Réponse
Digital comme empreintes digitales est formé, au 18e siècle, d’après le latin impérial digitalis « de la grosseur d’un doigt ». Le mot produit les termes relativement courants digitaliser et digitalisation mais surtout savants : digitaline, digité, digitation, dégitiforme et digitigrade.
